Le Hakama blanc, brodé or de Maître TANI
Après 10 années de pratique du karatédo, débuté en 1975 et un niveau de 2ème dan, un diplôme d'instructeur fédéral et un diplôme d'état de karaté, sachant que le créateur de l’école Shukokaï du style Shito-Ryu se nommait Maître Tani Chojiro, je n’avais aucune autre information à ce sujet mais j’étais très intéressé pour en connaître plus sur cette discipline et le créateur du Shukokaï.
C’est un article sur les maîtres du karatédo au Japon, écrit par Patrick Tamburini pour le magazine Bushido qui m’a permis de découvrir Maître Tani.
Il y avait quelques photos de lui avec les masques et son Hakama blanc brodé or à son effigie (kamon). Maître Tani posait devant un temple avec cette tenue (cette photo était en poster au centre de cette revue).
Car, hormis la pratique du Shukokaï, je découvris qu’il effectuait des Kata avec des masques de nô(théâtre japonais), qu’il fabriquait lui-même.
Suite à la lecture de cet article, j’ai pris mon billet d’avion et je suis parti pour le Japon, ne connaissant rien de ce pays, ni la langue ni les coutumes.
Nous étions en 1985 et je partais d’avril à juin.
Cela a été une révélation, quelque chose d’extraordinaire, une véritable découverte pour moi, un nouveau départ pour ma pratique et un grand changement pour ma vie.
Je voulais vraiment rencontrer Maître Tani et je suis arrivé jusqu’à son dojo de Kobe à Daikai, situé dans le Kansai, sur l'île principale du Japon (Honshû).
Maître Tani m’a reçu avec beaucoup d’égard et de patience.
Il m’a fait découvrir la pratique de son Shukokaï, mais aussi la culture et les coutumes de son pays. J’ai passé beaucoup de moments et de temps dans son dojo. Il m’emmenait aussi prendre le thé et prendre les repas, ces instants étaient propices à des explications très enrichissantes.
Je me suis beaucoup déplacé avec lui à travers le Japon, il souhaitait que je l'accompagne partout dans les stages, les examens de grade, les démonstrations où j’effectuais les kata en dogi et je le voyais faire ses démonstrations avec les masques et les habits traditionnels.
Il m’expliquait la particularité et la signification de travailler avec les masques et les vêtements, l’interprétation qu’il fallait exprimer à travers la technique. Il me faisait travailler de cette façon à son dojo.
A mon troisième séjour, à la fin d’un entraînement, avec lui dans son Honbu dojo, c’était le 20 octobre 1987, Maître Tani Chojiro m’a demandé de rester.
Madame Tani est descendue au dojo (Maître Tani habitait au-dessus du dojo, à l’étage) avec le Hakama blanc brodé avec lequel Maître Tani effectuait ses démonstrations. Maître Tani a voulu que je le porte et, tous les deux, m’ont vêtu du Hakama, me montrant leur satisfaction à ce que la taille me corresponde, nous avons tous les deux a peu près la même taille.
A ce moment, Maître Tani m’a annoncé qu’il m’offrait son vêtement et que je l’accompagnerais le lendemain après-midi pour effectuer ma première démonstration avec ses vêtements. Cela a été un des moment les plus émouvants dans ma pratique. Les plus hauts gradés du Japon, 7e, 8e, 9e dan étaient tous présents.
J’ai effectué le kata Suparinpei, devant eux et 1200 ceintures noires assis en seiza.
Maître Tani était très satisfait de ma prestation et m’a félicité.
J’ai eu l’occasion de nombreuses fois au Japon d’effectuer les kata au côté de Maître Tani avec son vêtement.
Depuis, cela fait 21 ans que je fais vivre ses vêtements qu’il avait porté tant de fois.
Maître Tani m'a également offert plusieurs masques de Nô qu'il avait lui même fabriqués et peints.
En 1988, en France, lors d’un stage, il avait souhaité que l’on fasse une démonstration tous les deux.
Je me souviens, il jouait du yoko bué petite flûte japonaise) pendant que je répétais avec son Hakama blanc brodé or, avec lequel j’ai pratiqué le kata Suparinpei sur une musique traditionnelle japonaise qu'il avait choisie et lui, a démontré le kata Chinto.
Des milliers de souvenirs de tous ces moments passés auprès de Maître Tani Chojiro au Japon durant les 13 dernières années de sa vie, restent gravés à jamais dans ma mémoire.
Ce vêtement que j’avais découvert dans une revue d’arts martiaux et qui m’avait conduit jusqu’au Japon, je n’aurais jamais imaginé un seul instant que 2 ans après il me soit offert par le créateur du Karatédo Shito-ryu Shukokaï, Maître Tani Chojiro, 10e dan Hanshi.
Jean-Claude ELLEBOODE
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